ENTRETIEN AVEC AEVLORD

Aevlord est un groupe que nous gardions à l'oeil depuis la découverte d'"History of a new Mankind", leur premier opus, qui nous avait convaincu d'un potentiel suffisant pour faire quelque chose de très bon par la suite.

 

Et justement, il nous ont affublé d'un second opus vraiment excellent, "The Nomad's Path", à l'identité unique et assumée. Bref, ils passaient le 10 Février au Paris Poppin, l'occasion pour nous de revenir avec eux sur leur 10 ans de carrière !

 

par Willow

KOTL : Bonsoir à vous (NdlR : Je suis face à Julien, le leader, et Lennart, le guitariste), en premier lieu, pouvez-vous nous parler un peu d'Aevlord ?


Julien : Bonsoir ! Aevlord à la base a commencé en projet solo, fin 2003. Une musique très épurée, avec ambiances de claviers, boîte à rythme et plusieurs types de voix différents : ça a donné un premier essai intitulé "Welcome to my Kingdom", sorti en 2004. Ensuite j'ai recruté un premier guitariste, Lennart, qui est toujours dans le groupe à l'heure actuelle. Après ça, on a trouvé un batteur, une chanteuse avec qui nous avons enregistré notre premier album "History of a New Mankind" en 2007. On a ensuite mis cinq ans à sortir notre nouvel album "The Nomad's Path", à cause de beaucoup de changements de line-up : plus de chanteuse, on est revenus à un style plus Black Mélodique que Black Symphonique... Et nous voilà maintenant en 2013, en pleine promotion de cet opus !


KOTL : Le groupe a dix ans cette année, quel regard tu porterais sur lui rétrospectivement ?


Julien : Et bien dix ans, ça passe extrêmement vite ! J'avais 15 ans quand j'ai commencé le Black Metal : du coup, beaucoup d'évolutions personnelles musicalement parlant ! Hélas, on a fait peu de concerts notamment à ces changements de line-up... En somme, on a pas été vraiment productifs durant ces dix ans, mais je pense que maintenant on a atteint quelque chose d'assez stable, on sait ce qu'on veut musicalement, je pense qu'on a trouvé notre voie, et j'espère que ça portera ses fruits à l'avenir !

KOTL : Pour être franc, j'avais quelques appréhensions avant d'écouter "The Nomad's Path", vous connaissant de "History of a New Mankind", qui m'avait laissé un sentiment assez mitigé. Pourtant, c'est un véritable fossé qui sépare les deux productions ! Quelle a été votre évolution personnelle depuis cinq ans ?

Julien : Et bien, c'est à la fois l'évolution personnelle de chacun, les influences, les groupes qu'on écoute... On s'est plus rencentrés sur le Metal, sur quelque chose de plus efficace. Puis, il y a bien sûr l'évolution de la composition en elle même, qui reste un art relativement compliqué, que j'effectue seul, et que j'ai commencé assez jeune. Donc bien sûr j'ai mûri à ce niveau là, me permettant d'essayer d'autres choses et de proposer un contenu bien plus abouti.


KOTL : Je pense pas m'avancer en disant que ce nouvel opus présente pas mal d'innovations, mais à titre personnel, quels groupes t'influencent au sein de la composition ?


Lennart : Je pense qu'au niveau de la composition il y a eu plusieurs influences : à la base, quand Aevlord a débuté, elle était purement Parisienne avec Maleficentia et l'album "Under the Banner of Suffering". Ensuite, on a des influences qui sont externes à la France, avec à mon avis notamment un côté à la Bishop of Hexen en terme de Black Symphonique.  (NdlR : Black Metal Israëlien depuis 1994 avec deux membres de Grimoire) Après ce ne sont bien sûr pas des influences sur lesquelles on se limite : on ne se base pas sur un groupe en particulier quand on compose. Quand Julien écrit, il essaie de trouver sa mélodie et de se libérer de toute influence : c'est pourquoi en terme de Black Metal nos influences ne sont pas facilement définissables.

Julien : C'est vrai qu'au final j'écoute pas énormément de Metal, donc je trouve plutôt l'inspiration dans des styles qui n'ont rien à voir, vraiment tout et n'importe quoi, de la Musique de Film, au Classique, à la Pop... Et à partir de là il y a des idées qui sortent d'un peu partout et c'est comme ça qu'évoluent mes compositions.


KOTL : "The Nomad's Path" aurait pu se positionner comme "l'album transitoire" d'Arcturus : qu'est-ce que t'en penses ?
Julien : J'en pense pas grand chose sachant que je connais pas vraiment Arcturus, mais Arthur (NdlR : Également leader de Moonreich), notre bassiste qui vient d'arriver dans le groupe connaît bien donc il va te donner son avis !

Arthur : Ce sont effectivement deux Black Metal assez expérimentaux tous les deux, mais c'est vrai qu'Arcturus ont vraiment leur identité propre. Donc effectivement on peut retrouver des trucs au niveau des orchestrations, mais à mon sens Aevlord sonne bien plus moderne. Donc en soit pour moi ça reste deux groupes vraiment différents.


KOTL : Sinon, il me semble qu'Aevlord est un nom qui veut pas dire grand chose mais que vous avez développé tout un univers autour. Tu peux nous en dire plus ?


Julien : Effectivement, j'ai développé tout une sorte de concept autour de ça. Aevlord pourrait se traduire par "Seigneur de l'éternité", et autour de ça il y a tout un univers fantastique assez particulier, mais pas de réelle thématique. Sur le dernier album "The Nomad's Path", "Le Chemin du Nomade", c'est quelqu'un qui cherche sa voie, et qui abandonne tout ce qu'il y a derrière lui pour se construire une nouvelle vie. On pourrait effectuer un parallèle avec la vie réelle, où dans une société de plus en plus dépressive un homme se déciderai à se sortir de tout ça et prendrais sa vie en main quitte à tout lâcher derrière. Les chansons se suivent chronologiquement : "Wandering"explique la démarche de l'aevlord en devenir, et fur et à mesure il affrontera des épreuves dans des univers assez différents, avant de trouver sa délivrance.


Lennart : Dans cet album il y a également un rapport à la nature assez important, qu'on a d'ailleurs essayé de rappeler avec l'Artwork, à travers l'éclipse, les rons, le cerf... ça donne un côté assez impérial tout en restant assez "sauvage". On part d'une base assez "brute" avec notamment le cerf qui est un peu l'emblême du groupe, comme on peut voir sur scène, puis on le fait évoluer pour arriver à quelque chose de plus beau. C'est quelque chose qui se ressent aussi peut-être dans les compositions : l'album a été composé sur une durée d'environs deux ans, dont on doit vraiment ressentir une évolution, une progression qui va dans ce sens.


KOTL : J'ai également lu sur pas mal de webzines qu'il vous était souvent reproché votre éloignement des sources Black Metal Scandinave. Il semblerait que vous ne soyez également assez éloignés au niveau des convictions et des motivations : pas d'histoire de puissance, de haine, de suprématie... Qu'en penses-tu ?


Julien : Et bien au niveau des retours négatifs, j'ai surtout vu des gens qui nous reprochaient un manque d'originalité, comme quoi on allait pas assez loin dans notre concept... J'ai pas vraiment vu ce que tu nous dis là, ou alors ça vient de détracteurs du Black Sympho...


Lennart : Mais de toute manière on s'est jamais revandiqué une culture purement Black Metal Scandinave ! Aevlord c'est pas du tout ça, on fait du Black Mélodique : si ça plaît tant mieux, si ça plaît pas, tant pis. On demande clairement pas aux fans de Black Metal Scandinave d'adhérer à Aevlord.


Julien : On est assez loin de la philosophie du Black Metal traditionnel, on fait en sorte que la musique passe avant tout.


Lennart : C'est d'ailleurs pour ça qu'on se présente pas sur scène avec des pseudos purement Black Metal. Non pas qu'on aime pas ça, ça nous dérange pas, c'est juste qu'on est des musiciens avant d'être des Black Metalleux. On aime le Black Metal, mais c'est la musique avant toute chose.


KOTL : Des sorties d'albums qui t'ont branché récemment ?


Lennart : C'est une très bonne question ! Concernant 2012 précisemment ça va être dur de te répondre, mais sinon assez récemment, je peux te parler de Septic Flesh et "The Great Mass" qui nous a pas mal botté, on apprécie beaucoup l'utilisation d'orchestre, et surtout de voir que des groupes qui ont des moyens les utilisent à de bonnes fins. On a également entendu l'album de Fleshgod Apocalypse en terme de Symphonique, et pour moi le défaut majeur c'est la production. Le trigg est trop présent, la batterie est omniprésente... Alors certes la musique est puissante, les compositions sont incroyables mais j'ai du mal avec la production surboostée. Pour en revenir à Aevlord, on a mis dix ans à se décider à utiliser un trigg pour la batterie, car on voulait conserver un maximum d'authenticité.


KOTL : Un petit mot pour les groupes qui partagent l'affiche ? (NdlR : Septentrion, Ave Tenebrae et Seide)


Lennart : Bah personnellement j'aime bien Seide ! C'est du Black somme toute assez classique avec quand même une touche d'originalité, c'est assez intéressant. Pour Septentrion, notre nouveau bassiste en connaît bien les membres, donc on a pu écouter et c'est plutôt sympa. Pour Ave Tenebrae, on aime bien ce style de musique donc ça va.


KOTL : Des projets pour Aevlord prochainement ?


Julien : J'ai déjà débuté la composition du prochain album. ça m'a l'air assez prometteur donc je pense que ça va être un bon qualitatif par rapport à "The Nomad's Path". J'ai aucune idée de quand ça arrivfera par contre, parce que mine de rien on a tous des vies bien remplies ! Et puis évidemment, faire le plus de concerts possible, parce qu'on a pas mal traîné cette année et qu'il est temps qu'on s'y mette sérieusement.


KOTL : Un mot de la fin ?


Flavien (Batteur) : Et bien on va essayer de faire évoluer le groupe, de s'axer plutôt scène qu'autre chose, vu qu'on en a peu à notre actif, rallier le plus de monde possible pour les prochains albums, et tout ce qui nous attend à l'avenir ! Et merci à toi, bien évidemment !
(Live au Paris Poppins en intégralité ici

 

Par Willow

publié le 30/05/2013