Le Pit : L'art de la guerre Metal

pit, mosh, pogo, metal, concert, on vous dit tout !
Attendez les gars, je viens de faire tomber mes clefs !

Ah, le pogo, le mosh, le circle pit, le wall of death et toutes ces joyeuses danses Metal visant à en mettre plein la tronche à celui d’à côté. Une composante culturelle importante de la sphère Metal où toutes les différences se rassemblent en un joyeux mélange de bras, de jambes, de cheveux et de sueur.

 

Une belle preuve de fraternité dans ce monde en perte de repères : Dégommer son prochain sur fond de double grosse-caisse.

 

Difficile de ne pas l'aborder lorsqu’on parle de concert. Le devant de la fosse à encore de beaux jours devant lui en ce qui concerne les coups de coude dans l’œil et les téléphones portables qui volent.

Mais depuis quelques temps, on a tendance à un peu tout mélanger. Il arrive très souvent qu’un live-report d’un concert de Slayer :

 

- Nous parle de Mosh-pit,
- Pour parler de Moshing,
- Alors qu’en réalité c'est un pogo...


Allez, mettons de l’ordre dans ce bordel avec un rappel des bases, car ça commence à gonfler.

Le pogo, origines et description

au commencement du pogo il y avait... les punks !
au commencement du pogo il y avait... les punks !

Une fois n’est pas coutume, ce sont les punks qui ont lancé le mouvement. Les premiers pogos ont débarqué dans les années 70 (et oui, ça n’a rien de moderne, petit gars).


A l’origine, il s’agit avant tout de sauter sur place en suivant le rythme de la musique.


Bien évidemment, le punk n’a pas un grand sens de l’équilibre (à cause de la crête il parait) et a vite fait de bousculer son voisin, ce qui a donc transformé cette sautillante chorégraphie en ce joyeux bordel qu’on connait :


On bouge en rythme en bousculant ses congénères : On est content, ils sont contents, le groupe est content, c’est beau.


Le pogo reste aujourd’hui la "Violent Dance" la plus populaire et répandue en concert Metal. Un pogo se lance tout seul et très vite, généralement dès le premier titre, lorsque la batterie démarre. Il ne nécessite pas de coordination particulière du public, ni du groupe sur scène qui n'a pas à donner le top départ, contrairement au circle pit par exemple. 


Le pogo des origines, interprété par... des métalleux Thailandais [ouais, c'est pas pareil]

Le Pit, c'est quoi ?

[Il chausse sa paire de lunettes demi-lunes, enlève sa pipe fumante de sa bouche, se racle la gorge et déclare une évidence]

 

On parle souvent de Mosh-pit, mais le Pit est en fait la fosse (sa traduction en Français). Le terme « mosh-pit » désigne donc généralement la zone de combat, à l'avant de la fosse et non le mosh en lui-même. On a rarement vu un Mosh dans les gradins, n'est-ce pas ?

 

[Bon OK, mais un peu de théorie ne fait jamais de mal. Ça s'améliore ensuite vous verrez.]

Le Mosh, le pogo des hardcoreux

Le terme Mosh tend à remplacer celui de Pogo, ce sont pourtant deux choses bien différentes et qui a déjà mis le pied dans un mosh ne peut que le confirmer.

Le mosh est un pogo issu de la culture Hardcore. Bien plus agressif, dans ce dernier on joue des coudes et des genoux. Gare à qui se trouve dans le passage, car les mouvements sont très amples et ne font pas dans le détail lorsqu’on s’approche trop (la 3ème vidéo ci-dessous le prouve).


La petite histoire toujours difficile à vérifier nous dit que le terme « Mosh » en lui-même viendrait d’Agnostic Front et serait l’acronyme de « March Of Skin Heads ». Il a commencé à la toute fin des années 70, plus sérieusement pendant les 80s.


Le mosh s’accompagne de différents mouvements, en premier lieu le Kick Moshing, visant à mettre des coups dans le vide en suivant le tempo (le célèbre coup de pied Hardcore en fait partie). Vient ensuite le Wind mill, les fameux moulinets effectués avec les bras.

 

Disons-le tout net, le vrai mosh est un truc de dur. Et on ne parle pas de la musique que t'écoutes, mais bel et bien de ta capacité à prendre un bon coup de latte dans la cheutron. Généralement il y a moins de candidats, là.


D’autres mouvements existent, mais se font assez rares, tels que le floorpunch (mimer de frapper le sol des poings en rythme). Il faut dire que la concentration de la foule dans pit n’aide pas à ce genre de mouvements. Toutefois, on l’a déjà vu faire.

Un mosh, un vrai !

Dis, tu fais un bisous à ma basket ?


Le moment où on a tout mélangé

On a commencé à se mélanger les pinceaux lorsque le Hardcore et le Metal ont eux-mêmes commencé à se mixer. Des groupes hybrides, mêlant autant un public de métalleux que de Hardcoreux ont vu dans leur fosse naitre des formes assez étranges avec des métalleux pogotant aux milieux de hardcoreux adeptes de wind mill. Le flou artistique a commencé pour nous livrer le fracas que nous connaissons aujourd'hui dans les pits.


Le terme "Mosh" peut donc rassembler ce mix de pogo et de mosh qu'on croise de plus en plus.

Toutefois, on n'a jamais vu de fan de Slayer faire des moulinets avec les bras sur Reign In Blood. Il faut donc que bon nombre de live-reporters se ressaisissent en écrivant leurs articles :

 

Oui, « Mosh » ça sonne mieux que « pogo ». Mais c'est pas la même chose les gars... Et parfois ce n'est pas le bon terme pour décrire ce que vous voyez dans la fosse.

Le circle pit

Parmi les petits frères, ont trouve le circle pit qui, tout comme le Wall Of Death est particulièrement populaire depuis quelques années.

 

Il est rare de ne pas en voir un dans les concerts de groupes de Metal moderne tels que Machine Head, Devildriver ou des groupes aux influences Hardcore (Lamb of God, et autres).

 

On ne va pas le présenter dans tous les sens, il est connu de qui conque à déjà foutu le pied dans un concert Metal : Chacun court en formant un cercle géant, en essayant d’engrainer les chevelus restés autour. Le tout se termine généralement dans un pogo bien nerveux, pour le plus grand plaisir du groupe en train d’officier.

DevilDriver est un groupe réputé pour ses circle pit gigantesques

 

Le Wall Of Death

Également appelé Braveheart, le but est simple : Dégommer ceux d’en face, ces salauds !


A faire absolument une fois dans sa vie, les quelques secondes précédent le choc, lorsque la foule est scindée en deux, sont vraiment dingues. Ensuite on court en hurlant et en visant un mec plus petit que soit, comme ça c’est lui qui vole si on le percute.

 

Dagoba a fait des étincelles lors du Hellfest 2014 en lançant un wall of death tout simplement monstrueux (ci-dessous).

Dagoba et son Wall of Death dantesque au Hellfest 2014

Le Slam

Le Slam, tout le monde le connait. Un concept assez différent où il faut porter le chevelu pour qu'il glisse sur la foule. On en a tous très envie, mais on le fait rarement, par peur de la buche !


On commence généralement par un stage-diving (se laisser tomber depuis la scène), mais certains vont plus loin que ça, comme ci-dessous... Pour le meilleur et le pire ! 

Quelques leçons de slam, de bonnes et de mauvaises !

Pour la beauté de l'image, quelques fails de moshers


Quelques règles de base à respecter

Dans tous les cas, il y a des règles élémentaires à respecter absolument :

 

  • Ne jamais laisser quelqu’un à terre. Une règle classique et fondamentale. Le piétinement est redoutable et les mouvements de foule non contrôlés font souvent des morts (lors d'émeutes, d'évacuations, etc.). C’est cette pratique de systématiquement ramasser les gens à terre qui fait qu’il y a peu de blessés dans les pits. Il n’y a donc aucune excuse à ne pas relever quelqu’un.

  • Ne pas agripper les gens est une règle également importante, car c’est le meilleur moyen de se blesser ou de voir les choses s’envenimer. On se bouscule, on s’agite, mais en aucun cas on n’agrippe les gens et leur beau t-shirt de groupe.

  • Les accessoires sont à éviter. Le premier est le bracelet à clous. Qui en a déjà pris un dans la tronche s’en souvient !

  • Ne renvoyez pas systématiquement au cœur du conflit les métalleux sortant du pit. Ils veulent parfois s’en extraire, les pauvres. Cela dit, c'est vrai que c'est marrant.

  • Tout métalleux en bordure du pit va souffrir. Alors inutile de râler si le chevelu qui vient d’être balancé par une armoire à glace vous percute et renverse votre bière. Ce sont les risques, si vous ne voulez pas les courir, reculez un peu... trouillard.

  • Attention aux poches. Si le portable tombe en plein pogo… Bah c’est la merde, car mettre la main par terre est redoutable. Généralement, les métalleux voyant l’objet auront tendance à s’arrêter le temps que le propriétaire le récupère, mais bon…

  • On ne frappe pas directement quelqu'un. L'idée est avant tout de bouger, pas de se bastonner (idiot).

  • Pour élargir un pit ou lancer le mouvement dans la zone où on se trouve, on voit régulièrement des chevelus effectuer un side-to-side. Il s’agit de traverser la fosse dans sa largeur en bousculant les badauds. Ça peut s’avérer efficace… Ou pas.

Et ce qui sera certainement la plus importante de toute : le Pogo ou le Mosh n'ont pas toujours leur place dans un concert.

En effet, on ne voit pas de mosh ou de pogo à un concert de Black Metal. Tout simplement parce que ça ne fait pas. La musique et son ambiance ne s'y prêtent pas. Inutile donc de chercher à secouer le pit, car de toute façon le public n'est pas là pour ça. Bon, en festival évidement, on pogote sur n'importe quoi... Mais c'est parce que ça attire n'importe qui.

 

Voilà, maintenant que les choses sont remises dans leur contexte, on peut à nouveau arpenter le pit à la recherche d’adrénaline !

 

Pour aller plus loin (ouais, c'est important)

 

Une analyse scientifique du pogo

Le livre de Joe Ambrose "La culture Moshpit" (en anglais)

 

 

par Wilhem
le 12/02/2015