Le bénévolat, pilier de la sphère Metal. Jusqu'à quand ?

 Le Metal semble moins souffrir de la crise que les autres genres musicaux.  A votre avis, grâce à qui ?
Le Metal semble moins souffrir de la crise que les autres genres musicaux. A votre avis, grâce à qui ?


Nous avons, en tant que chevelu, une chance formidable qu’il est important de bien intégrer : La Sphère Metal est d'une richesse incroyable. En effet, cette dernière a pléthore de structures et d’acteurs à tous les niveaux :


-    Artistes de qualité, plus que jamais,
-    Labels,
-    Organisateurs d’évènements,
-    Médias & Webzines,
-    Studios,
-    Tourneurs,
-    Etc.


Si c’est de l’ordre du commun pour tout le monde, il faut bien considérer que rares sont les genres musicaux aussi pointus que le Metal à bénéficier d’une telle galaxie. De cette pléthore d’acteurs et de leur survie à la crise de l’industrie musicale est venue une idée reçue : Tout va bien dans le Metal.

Tout va bien dans le Metal, vraiment ?

S’il est vrai que la sphère Metal tire son épingle du jeu, on ne peut pas dire qu’il s’agit d’un rêve éveillé. En effet, le modèle économique a pas mal bougé pour se stabiliser - pour l’instant - tel que nous le connaissons, à savoir : La performance live en principal générateur de cash [nous y reviendrons dans un prochain article].


Cela a pour conséquence une flambée du prix des concerts de « grands » groupes, mais aussi du Merch’, qui n’a jamais été aussi cher sur les tournées [ça aussi, on y reviendra]. Mais cette montée des prix sur la partie émergée de l’iceberg - les « gros groupes » - est compensée par une multitude d’initiatives aux prix maitrisés et à la qualité très satisfaisante. C’est cette partie immergée qui a stabilisé le marché de la musique Metal à quelque chose où chacun a su trouver ses marques.

Mais cette stabilisation ne s’est pas faite sans casser des œufs et surtout sans reposer sur un principal pilier : Le bénévolat. 


Aujourd’hui, le bénévolat est au cœur de tout, tout simplement parce que les associations et initiatives personnelles n’ont jamais été autant le moteur du genre. Que ce soit des concerts ou des médias - tel que Killer On The Loose et tout autant de webzines, radios ou Vlogs - mais également via les labels et organisateurs indépendants, dont le staff n’est qu’en petite partie salarié ou dans les médias « pros », dont certains chroniqueurs et autres reporters mouillent la chemise parfois gratuitement, si si !.


Le constat est donc simple : Même dans les structures « professionnelles », il y a beaucoup de gens qui se défoncent à titre gratuit ou pour 3 cacahuètes. De même, le travail des salariés et indépendants a sérieusement augmenté, pour tout juste assurer le même revenu qu’avant. Un label indépendant par exemple, est passé de 50 albums livrés en une fois à un disquaire à 50 albums envoyés un à un aux clients finaux [les mecs comme toi]. Plus de travail, mais pas plus de revenus donc.


La question n’est pas de savoir si c’est bien ou pas, c’est simplement vital pour chacune de ces structures. Pourquoi ? Parce que le Metal, comme le reste de l’industrie musicale, peine à nourrir ses troupes.

C’est la passion qui fait tenir la sphère Metal debout.

Quand on voit que l’objectif du projet Horns Up - au-delà d'offrir aux métalleux une plateforme ambitieuse - est que chaque collaborateur du projet puisse se dégager un SMIC à moyen terme, on ne peut qu'en déduire une chose : Il n’y a moins de pognon dans le Metal, donc de plus en plus de passion… Car quand il n’y a plus rien d’autre, c’est la rage qui tient l'édifice. 


La passion a de formidable le fait qu’elle exige tout d’une personne, en lui rendant fort peu. Les passionnés sont heureux de cela, car ils vivent d'une satisfaction quotidienne. Mais elle coûte du temps, de l’énergie et de l’argent. C’est un moteur monstrueux qui permet à des structures entières  de tenir debout, mais c'est comme si ta voiture consommait 200L aux 100km : Ça roule, mais ça coûte.


La passion est avant tout un démarreur très efficace, c’est elle qui a finalement donné vie à des projets tels que le Hellfest, qui est aujourd’hui la machine de guerre qu'on connait. Mais ce festival exemplaire sur de très nombreux points n’est plus alimenté par la passion uniquement, mais aussi par son modèle économique, qui permet aux passionnés de tenir la distance malgré les aléas, la fatigue et les sacrifices (et il y en a). C'est le rêve ultime de beaucoup d'initiatives Metalliques.

 

Il en et de même pour les groupes. Ils se défoncent pour créer quelque chose, lancer un projet dans l'espoir que ce dernier sera ensuite alimenté par plus que ça et qu'ils ne le porteront pas à bout de bras toute leur vie. Un rêve tout à fait légitime.


Or aujourd’hui, beaucoup de structures ne tiennent que grâce à la passion. Et lorsqu'il y a des subventions qui tombent, pour la plupart des structures qui en bénéficient [pas toutes] elles suffisent à peine à payer des frais comme les locaux, l'électricité, etc. C'est notamment le cas pour RVVS, berceau de Killer On The Loose, mais nous sommes très loin d'être les seuls. Et avec la tempête économique qui sévit sur toute l’Europe, les subventions accordées à la culture musicale ne vont pas durer éternellement... Et donc solliciter encore plus les passionnés.


La spirale est claire ? Bien.

Le public va-t-il enrayer la machine ?

Il faut tout de même avouer que la technologie aide à réduire la charge de travail et les coûts [que ce soit pour un groupe enregistrant son EP ou pour une radio qui émet directement sur le net], mais ce serait sans compter sur quelqu’un qui en demande également bien plus qu’avant : Le public !

 

Oui, les fans, les auditeurs, les lecteurs, bref le public de la sphère Metal en général est devenu très exigeant.


C’est une bonne chose. Le fan se doit d’être exigeant, c’est ce qui assure une prestation de qualité, des groupes prenant les choses au sérieux, favorise l’innovation, la vraie créativité et la remise en question. Mais cette exigence doit être relative.

 

Tout d'abord, le public n'a pas à endosser la responsabilité de la crise de l'industrie musicale. Ce serait trop facile. Et qui est responsable de celle de l'automobile, celui qui a acheté une bagnole d'occasion ? Bon, c'est vrai que tu n'achètes plus que deux rondelles par an, mais c'est ainsi que ça fonctionne : Si tu as accès gratos à un truc qui coûte 20€, c'est dur de ne pas y aller. Personne ne peut condamner le public pour ça... Car tout le monde le fait et le groupe qui se plaindrait pompe lui aussi des disques sur le net.

 

Toutefois, ce comportement compulsif de gratuité, accompagné de cette exigence absolue - et une conjoncture qui fait que chaque euros dépensé compte - peut vite atteindre ses limites. Il ne s'agit pas d'un coup de gueule, mais simplement de lancer la réflexion.


Effectivement, la passion fait tenir des associations, des orgas et des médias debout, mais ce n’est pas elle qui les fait bouffer. Nombreux sont les gens à cumuler les boulots, à vivre d’un travail alimentaire le jour pour faire vivre leur passion la nuit, car cette dernière ne peut plus dégager un revenu.
Et quand ces derniers prennent des coups lancés par des fans voulant mieux, plus, ne pardonnant pas l’erreur, le plantage, ni le premier essai, trouvant cela trop petit, trop cher, pas assez "comme ça"… Cela émousse les convictions les plus profondes.

 

Or, à prendre des coups toute la journée, on peut finir par baisser les bras. Et lorsqu’on baisse les bras, on ne peut plus les relever. Ce n'est pas un coup de gueule, on lance simplement la réflexion.

 

Je ne parle évidemment pas pour nous. La gratuité et l'engagement bénévole  font partie des valeurs fondamentales de Killer On The Loose, qui est l'héritage des radios pirates de la toute fin des 70s. Donc les frais et l'énergie sont la rançon de ces valeurs que nous avons depuis 34 ans [Par ailleurs, ceux qui exigent de nous la perfection ne nous écoutent pas... Et ils ont bien raison].

 

Mais ce n'est pas le cas de ceux qui veulent vivre dignement - ils en en ont tout à fait le droit - et qui se défoncent bien plus que nous pour ça.


Seulement voilà, le climat se tend à tous les niveaux. Relations avec les pouvoirs publics, artistes, public, entre ceux qui veulent gagner leur vie [parfois trop] et ceux qui veulent dépenser le moins possible [les sponsors, pas le public], les acteurs bénévoles se retrouvent tiraillés dans tous les sens vers des intérêts divergents.

après, il restera qui ?

Si un jour la passion et le bénévolat ne sont plus le moteur de la sphère Metal, quels acteurs tiendront encore debout ? Quels labels, quels médias, quels webzines ? Car l’espoir d’un Like sur Facebook n’est pas un projet de vie pour qui participe à écriture de l'histoire du Metal en France via son label, ses concerts ou son média. Des journées de 20h cumulant travail alimentaire et "travail passion" non plus.

 

Disons-le tout net, il ne restera plus que les mainstreams, des grosses machines dont les intérêts financiers priment - et c’est malheureusement classique - sur les valeurs fondamentales... D'autant plus actuellement.

 

Et un Metal dépouillé de ses valeurs fondamentales n'est plus rien et ne mérite pas de considération.


Tu pourras répondre à cela tout ce qu’on voit trainer comme commentaires habituels :

 

« On fait les choses correctement ou on ne les fait pas »,

« On se revendique webzine ou organisateur d’évènement, alors on bosse comme tel »,

« On fait ça bien ou on reste chez soi à regarder les autres bosser »,

 

Des remarques légitimes sur le papier, mais cruelles dans la vie en dehors de la matrice.

 

On ne peut également pas passer à côté du fameux : "J'ai payé, j'en veux pour mon fric b*rdel !".

Oui, moi le premier quand je paie j'en veux pour mon fric. J'en veux même le plus possible pour le moins possible... Mais ça marche quand j'achète un truc dans une brocante ou lorsque je fais une enchère sur eB*y. Le Metal doit-il entrer dans cette équation ?

 

  • Peut-on exiger d'un webzine associatif dont tous les chroniqueurs sont bénévoles la qualité journalistique d'un média professionnel fait d'Envoyés Spéciaux et de pigistes pros ?
    Qualité dont nous connaissons par ailleurs l'orientation des propos souvent pointée du doigt à cause d'intérêts économiques [comme quoi on retombe sur nos pieds, ça c'est beau].

 

  • Peut-on, en 2014, cracher sur un staff qui t’offre un concert de 3 bons groupes pour 12 euros sous prétexte qu’on n’entend pas assez les guitares ? Qu’il y a 30 minutes de retard ? Que c'est loin de la gare ? Que la bière mousse trop ?

 

  • Le concert du coin est-il vraiment trop cher alors que 150 000 chevelus dépensent 180€ dans un pass pour le Hellfest  ? D'ailleurs, quel serait le prix du HF sans les 2 000 bénévoles présents chaque année pour que tout roule ?

 

  • Doit-on cracher sur un album parce qu'il n'écrit pas une nouvelle page de l'Histoire du Metal à chaque titre ? Pourtant c'est pas mal, non ? 


chacun doit agir

Que ce soit les artistes, le public, les partenaires, chacun peut relayer la communication sur les dates auxquelles ils participent [et certains jouent parfaitement le jeu].

 

Mais aussi en gardant à l'esprit que le live, c'est avant tout du direct et des interactions humaines. Les groupes ne doivent pas presser le citron au maximum et le public fustiger un prix parfois tout à fait honnête.


Les temps sont durs pour absolument tout le monde, sans exceptions.

 

Qu’on se le dise, une bonne part du Metal en France est portée par des bénévoles qui lâcheront un jour le steak si la spirale du « j’en veux toujours plus, pour moins » continue. Le Metal doit avant tout être porté par la bonne volonté des uns... et des autres. Car il faut l'avouer, certaines orgas se foutent bien du monde aussi [avec des concerts à 50€ pour un groupe "populaire"]. Mais le temps fera le tri, car le public sait reconnaitre le bon du mauvais, il l'a toujours su.

 

Le comportement très clément et positif de la foule présente au dernier Foud'Rock Festival [où des têtes d'affiche ont annulé la veille] a permit au staff et aux artistes de bien gérer la pression et de trouver une excellente solution. C'est la preuve que cette bienveillance mutuelle peut soulever des montagnes et faire passer un moment d'exception à tous. Mais pour ça les lecteurs, auditeurs, public et fans doivent savoir pardonner le ratage, sinon tout volera en éclats.

 

A vouloir tout, on finit avec rien.

 

par Wilhem, lecteur, auditeur, public et fan de Metal terriblement exigeant aussi.

le 17/11/2014