Lancer son premier groupe Metal - quelques conseils

C’est amusant car lorsqu’on tape « conseils pour jeune groupe Metal » sur Google, on ne trouve pas plus de choses qu’il y a dix ans, des articles fades pour groupes de pop avec des évidences telles que "faites une démo". Merci, grand expert.

 

Dans un monde d’information, on pourrait tout de même prendre le temps de partager ses expériences avec les petits jeunes qui démarrent. Quelle bande de persos ces groupes Metal !


Voici un donc un topo qui va faire gagner quelques années aux musiciens de 17 ans qui lancent leur premier groupe Metal.

 

les fondamentaux

Pour commencer, il faut être très vigilant aux envies et visions que chacun peut avoir dans le groupe. Entre celui qui estime qu’il est important de monter sur scène fringué n’importe comment pour jouer du Death et l’autre qui pense qu’il faut tous être en chemise blanche et faire du Stoner, le juste milieu est difficile à trouver. Chacun doit pouvoir être fier de ce que donne le combo, musicalement ou visuellement… Tout en sachant faire des concessions.


Une seconde grande règle est qu’il faut être très bon avec son instrument. La limite technique du musicien est un handicap. Il faut donc bosser son instrument comme un dingue, encore et toujours… Même si la spécialité de votre groupe est le riff à deux notes.

L’idée n'est pas d'être une bête en solfège, mais simplement d'avoir les doigts (et les pieds) particulièrement agiles et d'être à même de rentrer n'importe quel riff ou rythmique qui te passe par la tête, tout simplement.


Enfin, faites des compos époustouflantes, ce peu importe le style. Si vous trouvez ça tiède, c'est que ce n'est pas abouti. Tel est le niveau d’exigence que vous devez vous fixer.


Les erreurs classiques

Maintenant que les fondamentaux sont balayés, voici ce que nous considérons comme les principales erreurs à éviter : 


-    Faire trop de répétitions


La répétition sert avant tout à la mise en place finale des compos. Elle sert également à la composition, mais trois répètes de trois heures par semaine, c’est trop.


Il faut agir par phases : Des phases de composition et des phases de mise en place.

 

Pour ces dernières, chacun doit maitriser sur le bout des doigts ses parties. Ainsi, les groupes répètent moins et dépensent moins d’argent et d’énergie collective. Le boulot se fait avant tout chez soit. Par contre, une petite résidence, voilà quelque chose d'utile.


-    Cloner un grand groupe


Que vous soyez fans de Motörhead est tout à votre honneur. Mais le groupe est encore là et il y a fort à parier que vous serez moins bons qu’eux dans leur style. De plus, s’inspirer trop largement (tout pomper, en gros) amènera le public à vous comparer à ce gros groupe… Et vous perdrez forcément. Les groupes comme Airbourne sont des exceptions, pas la règle.


Cela dit, des références musicales communes sont une très bonne chose. Un exemple proche de nous pourra être Locomuerte. Les français sont de grands fans de Suicidal Tendencies devant l’éternel, mais leur musique est très différente, quoi qu’on en dise. 


-    Péter plus haut que son cul


Des groupes écrivant l’histoire du Metal, il y en a eu une dizaine ces trente dernières années. Et sur cette dizaine, combien de français ? [Je dirais un seul, mais je ne le citerai pas pour ne pas avoir de problèmes sur les réseaux sociaux]. Donc inutile de penser que l’underground est le fleuron du Metal extrême made in France et que le reste est pourri. D’ailleurs 97% des groupes de l’under y sont parce qu’ils n’ont pas le choix.


Sur scène, tu es qui tu veux. Mais derrière elle il faut savoir rester simple. Être simple, dans la sphère Metal, c’est s’assurer de bonnes relations avec tout le monde. Les médias, les orgas, les labels.

 

On ne le dira jamais assez, le Metal est un tout petit milieu et les choses se savent très vite.


-    Bâcler son enregistrement


En 2015, les possibilités d’enregistrer un EP pour pas (trop) cher sont énormes par rapport à il y a 10 ans. Les petits studios ont désormais accès à un matériel délirant et une bonne carte son permet de s’enregistrer chez soit avec un excellent premier rendu.

Il n’y a donc plus d’excuses pour arriver avec un son garage (lorsque ce n’est pas la volonté du groupe). De même, enregistrer son premier opus est une expérience crevante. Des heures à jouer les mêmes parties pour chacun. Toutefois, il faut aboutir à quelque chose de parfait.

 

Si c’est bâclé, les gens le bâcleront.


-    Ne pas écouter les critiques… Ou trop les écouter


Comment ça c'est nul comme conseil ? Oui, bon OK. Mais que vous soyez particulièrement brillants ou terriblement mauvais, il y aura toujours quelqu’un pour détester… Et un autre pour adorer. Ajoutez à cela la flopée de haters jaloux et les faux-culs qui n’oseront jamais vous dire que vous êtes mauvais et vous obtenez un joyeux bordel.

Il ne faut donc pas tout remettre en question au premier commentaire négatif… Tout en ayant à l’esprit que si tout le monde déteste sauf deux personnes qui vous sont proches, c’est peut-être qu’il faut revoir sa copie.


Dans tous les cas, il faut tout de même savoir persévérer. Les groupes sont nombreux et le public saturé, ce qui rend plus que jamais difficile l’idée de sortir du lot. Or on est souvent plus dur envers soit-même qu’envers les autres... Quand on est musicien.


-    Se prendre pour une Rock star


Deux concerts au Klub et une session au Metal Corner du Hellfest ne feront jamais un zénith, alors gardez la tête froide. D’ailleurs, je mets au défi quiconque de me citer de tête quatre groupes ayant joués dans ces mêmes lieux sur ces deux dernières années.

 

Il est encore trop tôt pour ajouter le bol de M&Ms bleus sur le rider.

 

- Garder un mauvais musicien, parce que c'est ton pote

 

Erreur trop souvent commise par beaucoup de jeunes groupes. Il est toujours très dur de dire à son grand pote : "Désolé mec, mais tant que tu ne sais pas faire du palm mutting, c'est mort". Et pourtant c'est fondamental. S'il était gonflé à bloc, il serait au niveau.


-    Négliger le look 


Venir en survêtement sur scène guitare à la main, avec un batteur en chemise car il rentre du boulot et un chanteur déguisé en Bob l’éponge parce que c’est marrant… C’est la pure défaite quand on fait du Thrash conventionnel. Oui, les métalleux n’aiment pas les carcans et je vois déjà la flopée de chevelus réagir violemment face à ce conseil… Mais on conviendra du fait que le Metal est pour autant bourré de dogmes, non ? Les cheveux longs et le bracelet à clous, c'est déjà penser à son look.


Soignez donc-le un peu, juste un peu.


-    Tout miser sur le look


A l’inverse, tout miser sur le visuel ne vous assurera qu’une visibilité de surface le temps qu’on écoute ce vous faites... Puis patatra.

 

La musique d’abord, le reste ensuite.

 

-    Jouer les timides sur scène

 

Les premiers concerts, surtout quand il y a du public en face, sont très intimidants. On a la pression et on a un peu du mal à tout gérer : Occuper l'espace, jouer proprement, etc. Pourtant, il est important de se donner à fond ! Il n'y a rien de plus dommage qu'un groupe musicalement bon qui joue les coincés. C'est paradoxal mais ça renforce l'impression de "jeune groupe".

 

Défoncez-vous sur scène, mettez le feu !


-    Ne pas faire de petites dates


Combien de groupes à fort potentiel n’ont pas percé pour la seule raison qu’ils ne jouaient pas sur des « petites dates » ? Beaucoup, croyez-moi. La sphère Metal n'a attendu personne et n'offrira jamais un plateau magistral dès le début. On ne commence jamais par Bercy, jamais.


- Annuler une date à la dernière minute


Ne jamais annuler une date de concert ou un passage média, ou quoi que ce soit d’autres d’ailleurs. Faire ça, sauf cas de force majeur bien sûr, c’est foutre pas mal de monde dedans.

 

Ça oblige à trouver un groupe de remplacement en dernière minute, s’excuser piteusement devant un public exigeant, etc. C’est la galère et ça génère une étiquette terrible : « Pas fiables, ces mecs ».

Dans Killer On The Loose, nous avons pour ces groupes une liste noire. Nous ajoutons à cette liste tous ceux nous faisant ce genre de faux bonds foireux sans avoir de raison légitime. On n’est pas les seuls à le faire… Et on y enlève que très rarement des noms.


-    S’imaginer que les festivals sont des pompes à fric


Là pour le coup ce serait se gourer. Les festivals ont une trésorerie particulièrement tendue, à une ou deux exceptions près. Charger la mule avec un cachet délirant ou un rider digne d’Axl Rose est le meilleur moyen de se faire remplacer par un groupe du même tonneau mais moins exigeant. La vitrine est excellente pour vous, alors gardez les pieds sur terre et faites une proposition raisonnable.


-    Casser les reins aux médias


Avec le développement des groupes et des moyens de communication, les médias sont beaucoup sollicités. Plus que jamais en fait. En ce qui nous concerne, nous ne recevons que quelques disques par semaine, là où nous en avions une quinzaine avant. Par contre les boîtes mails ont littéralement explosé et ce sont plusieurs dizaines de mails par jour pour chaque membre de l’équipe. Parmi ceux-là beaucoup de jeunes groupes, vraiment beaucoup.


Or, écouter et décortiquer correctement prend du temps. Donc si vous n’avez pas de nouvelles dans la semaine, c’est souvent normal.

 

Par contre, si la réaction est immédiate, c’est que vous êtes vraiment brillants !


-    Casser les reins aux labels


Et on cède ici la parole à Radio Metal, qui a déjà (et plutôt bien) traité cette partie.

 

-    Ne pas faire ce qu'on aime

 

Il est beaucoup plus important de prendre du plaisir que de faire quelque chose de fondamentalement novateur. Il faut avant tout se lâcher, prendre son pied. C'est qui va donner des ailes à la musique du groupe, que ce soit en enregistrement ou sur scène.



Si vous ne tombez dans aucun de ces pièges, vous partez bien. Il ne reste plus qu’à bosser comme un dingue et à tisser votre réseau.


Bon courage, vous allez en avoir besoin !


Wilhem.

Le 25/03/2015